dimanche 7 juin 2009

Crois-tu en Dieu ?

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Il vient de dîner. Il sort de la salle à manger et s’arrête au milieu de la rue. S’allume une cigarette et puis lentement s’approche de moi.
Je ne le connais pas. Je le vois pour la première fois.
Chacun de ses mouvements trahit la fatigue des nuits passées dans la rue. Vieille chemise chiffonnée et pantalon usé de couleur indescriptible contrastent avec les chaussures pointues dernier cri. Il y a quelque chose de troublant dans son aspect.
Il vient tout prêt de moi. L’odeur écœurant d’un corps délaissé m’enveloppe immédiatement. Je peux voir son visage à quelques centimètres du mien. Visage raboteux, brûlé par le soleil. Visage angoissé. Il évite mes yeux et regarde quelque part derrière moi. Mais je peux voir ses yeux rouges et moites.
Crois-tu en Dieu ? – me dit-il.
Et avant que je réagisse il fait un signe de tête et ajoute – Oui, si tu es là, tu dois croire en quelque Dieu.
Il se tourne brusquement et disparaît à l’angle de la rue.
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samedi 30 mai 2009

Cela ne m’arrivera jamais.

Sous les arcades de la place Garibaldi un homme assis par terre.

Sa silhouette se distingue à peine dans l'amas incolore de chiffons.

Immobile, tête basse, son regard se perd quelque part sur le bitume.

Autour de lui un désordre de vieilles et sales couvertures et un carton avec un écriteau :

« Moi aussi j’ai cru que cela ne m’arriverait jamais »

Aujourd’hui moi, demain toi.

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C’est samedi soir.
Je suis assis à côté de Jo et Mat qui font la manche dans une ruelle du Vieux Nice.
L’objectif - un kebab à deux.
C’est incommode d’être assis sur un trottoir et ça fait drôle de voir toutes ces chaussures qui défilent au fil du temps devant vos yeux.
Drôle de perspective.
Un autre niveau où les visages des passants sont lointains et leurs regards encore plus distants. Sur un trottoir, on est vraiment « loin, en bas ».
Le temps passe et le gobelet en plastique reste toujours vide.
Mat optimise – Bientôt ils vont sortir des restos, ça ira …
Une heure plus tard j’examine avec attention mes poches.
Je trouve quelques pièces jaunes et je les ajoute à notre piètre butin dans le gobelet.
Jo sourit et me dit lentement : Je ne te dis pas merci. Pas à toi. Entre nous on se remercie pas.
Aujourd’hui moi, demain toi…
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samedi 9 mai 2009

Un ticket.


Ils s’approchent lentement. Ils s’appuient l’un sur l’autre, bras dessus bras dessous. Ils marchent en hésitant, titubent, glissent et à quelques pas du Fourneau Économique, ils s’écroulent tous les deux.

Il est midi d’un jour d’hiver et ils sont bourrés, cuits ! Ils vocifèrent, beuglent, jurent en polonais. Ils sont tristement comiques. Le plus jeune se libère du bras de son camarade, se lève et s’engouffre dans la salle à manger. L’autre reste sur le trottoir en grommelant. Il fait peur aux passants qui tachent de le contourner de loin.

Un vieil homme aux traits maghrébins, un « habitué » du Fourneau Économique s’approche, s’arrête, hoche la tête. Un instant il semble hésiter, puis il cherche quelque chose dans ses poches. Il se penche sur le soûlard et lui tend un ticket, un bon pour un repas. Celui-ci hébété se lève d’un coup, essaye de se redresser et entre dans la salle.

Le vieux reste sur le trottoir. Il examine encore une fois ses poches comme s’il voulait se rassurer. Non, il n’en a pas d’autre. Il rit et il se dirige quand même vers l’intérieur…

lundi 27 avril 2009

Il m’a fait changer mon numéro


« Je suis sérieux ! Regard chef, ce n’est pas bidon ! »
Et il étale sur la table une liasse de certificats de ses compétences professionnelles. « Il me faut une adresse et un téléphone et je décrocherai un job. Tu vas voir, j’ai un métier respectable »

Richard insiste sur le téléphone qu’il lui faut impérativement. À côté, sa femme allemande assise sur leurs énormes sacs à dos ne comprend rien de notre conversation. Tous les deux, nous jetons un regard sur la femme silencieuse. Richard me tape légèrement la poitrine avec son poing et me dit doucement « Aide-moi ».

Je lui donne rendez-vous le surlendemain. Un instant après, je me rends compte que je n’ai plus mon portable. Je me tape nerveusement sur les poches et me rappelle des mouvements habiles et significatifs de Richard pendant notre entretien. Je décide quand même d’acheter un nouveau numéro de téléphone en espérant que je saurai négocier avec lui pour récupérer le mien.

Le surlendemain ils ne viennent pas au rendez-vous. « Naïf » - me dis-je. « Il m’a eu » ! J’essaie d’appeler mon portable volé et je tombe toujours sur mon répondeur automatique.

Le lendemain matin au petit déjeuner en feuilletant Nice Matin, je tombe sur la photo de … Richard. Sidéré, je lis « Terrible drame du tunnel de Villefranche-sur-Mer. Le couple de routards qui traversait le tunnel meurt happé par le train » Je regarde la photo de Richard qui semble me fixer et dire : « C’est pas bidon, chef ! »

jeudi 9 avril 2009

Fourmilière


Avenue Médecin, c’est un vrai chantier de la manche des femmes tziganes.

Chaque matin, à la même heure, les femmes accompagnées d’enfants se déploient avec la même rigueur, dans les mêmes endroits. Silencieuses, disciplinées, laborieuses … telles des fourmis dans une grande ville.


jeudi 2 avril 2009

Gentleman


Pendant longtemps, on n’a rien su de lui. Un quinquagénaire peut-être, bronzé, élancé. Il parle peu, presque rien. Le français n’est pas sa langue maternelle et il la connaît à peine.

Gentil et calme. Ses cheveux en désordre ne lui enlèvent rien de son air de gentleman. Ce qu’il porte sur lui trahit sa longue vie dans la rue mais ne le rend pas vulgaire pour autant. Il boit son thé avec un léger sourire et il prend son temps.

Il reste assis simplement un bon moment sans chercher aucun contact avec ceux qui viennent au Fourneau Économique, puis il se lève, remercie et prend la direction de la plage – sa demeure. Il s’appelle Stephen et ses origines sont écossaises. Son anglais est exquis et distingué. Quand il parle, on se croirait dans un salon de thé quelque part en Angleterre.

« In England, the tea-pot you have never wash, just rince » m’explique-t-il. Il me demande s’il y a quelque chose qui me manque de Pologne. A mon tour je lui pose la même question. Il devient songeur et il répond « My family… » Il se lève, me tend la main et dit « Next thursday, I hope ? »

Je sais que ce n’est pas souvent qu’il parle aux autres.